Le cyberharcèlement est le fait de harceler une personne par des propos ou des comportements répétés qui dégradent ses conditions de vie. Commis sur un réseau social, une messagerie ou un forum, il est puni de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. Lors d'un raid numérique, chaque participant peut être poursuivi, même s'il n'a écrit qu'une seule fois.
Que punit exactement la loi quand on parle de cyberharcèlement ?
Le mot n'existe pas comme tel dans le Code pénal. Ce qui est réprimé, c'est le harcèlement moral défini par l'Article 222-33-2-2 du Code pénal : des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de vie de la victime, se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale.
Trois éléments doivent donc être réunis : la répétition, l'atteinte aux conditions de vie, et le retentissement sur la santé. Un message unique, aussi blessant soit-il, relève d'une autre qualification — injure, diffamation, menace — mais pas du harcèlement.
Le fait que les faits aient été commis « par l'utilisation d'un service de communication au public en ligne ou par le biais d'un support numérique ou électronique » constitue une circonstance aggravante.
Le harcèlement par propos ou comportements répétés est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende lorsqu'il est commis par l'utilisation d'un service de communication au public en ligne ou par le biais d'un support numérique ou électronique.
D'autres circonstances aggravent également la peine : incapacité totale de travail supérieure à huit jours, victime mineure, particulière vulnérabilité apparente ou connue, victime titulaire d'un mandat électif, ou présence d'un mineur qui assiste aux faits. Lorsque deux de ces circonstances sont réunies, la peine passe à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
Raid numérique : et si chacun n'a envoyé qu'un seul message ?
C'est la difficulté propre aux attaques collectives : pris isolément, aucun participant n'a « répété » quoi que ce soit. La loi répond à cette objection par deux hypothèses expresses.
La première vise l'action concertée : plusieurs personnes s'entendent, ou agissent à l'instigation de l'une d'elles, pour viser la même cible.
L'infraction est constituée lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime par plusieurs personnes, de manière concertée ou à l'instigation de l'une d'elles, alors même que chacune de ces personnes n'a pas agi de façon répétée.
La seconde, plus large, vise le déferlement spontané : chacun sait, en publiant, qu'il s'ajoute à une vague déjà en cours.
L'infraction est également constituée lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime, successivement, par plusieurs personnes qui, même en l'absence de concertation, savent qu'ils caractérisent une répétition.
Pour la personne mise en cause, la discussion se déplace alors sur un terrain précis : savait-elle, au moment de publier, que son message venait s'ajouter à une série ? Le contexte du fil, l'ancienneté de la polémique et le contenu même du message pèsent dans cette appréciation.
Quelles autres infractions peuvent s'ajouter ?
Un même épisode en ligne combine souvent plusieurs qualifications, qui se cumulent et alourdissent les peines encourues.
| Ce qui s'est passé | Qualification possible | Peine encourue |
|---|---|---|
| Propos ou comportements répétés dégradant les conditions de vie | Harcèlement aggravé par le support numérique — art. 222-33-2-2 CP | 2 ans et 30 000 € |
| Diffusion sans accord d'images ou de paroles à caractère sexuel | Atteinte à l'intimité de la vie privée — art. 226-2-1 CP | 2 ans et 60 000 € |
| Menace de commettre un crime ou un délit, réitérée ou écrite | Menace — art. 222-17 CP | 6 mois et 7 500 € |
| Menace de mort | Menace de mort — art. 222-17 CP | 3 ans et 45 000 € |
| Faux compte, usage du nom, de la photo ou des données d'un tiers | Usurpation d'identité — art. 226-4-1 CP | 1 an et 15 000 € |
L'Article 226-4-1 du Code pénal couvre le faux profil créé pour nuire, mais aussi l'usage de données identifiantes — nom, photo, adresse, numéro de téléphone — destiné à troubler la tranquillité de la personne ou à l'exposer.
Usurper l'identité d'un tiers ou faire usage de données permettant de l'identifier, en vue de troubler sa tranquillité ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération, est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende.
La diffusion d'images intimes suit un régime distinct : l'Article 226-2-1 du Code pénal punit le fait de rendre publique, sans accord, une image à caractère sexuel — même lorsqu'elle avait été prise avec le consentement de la personne, ou par elle-même.
Porter à la connaissance du public ou d'un tiers, sans l'accord de la personne, un enregistrement ou un document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel est puni de deux ans d'emprisonnement et de 60 000 euros d'amende.
Comment constituer la preuve d'un harcèlement en ligne ?
La plainte se juge sur pièces. Quelques réflexes changent tout :
- Capturer l'écran entier, pas seulement le message : identifiant de l'auteur, date, heure, fil de discussion, URL visible.
- Noter l'URL exacte de chaque publication et, quand la plateforme l'affiche, l'identifiant numérique du compte — il survit au changement de pseudonyme.
- Conserver les originaux : ne pas recadrer, ne pas recompresser, garder les fichiers bruts et les e-mails de notification de la plateforme.
- Tenir un relevé daté des faits, dans l'ordre chronologique. C'est ce document qui démontre la répétition.
- Documenter le retentissement : arrêt de travail, certificat médical, suivi psychologique. L'altération de la santé est un élément de l'infraction, pas un simple dommage.
- Pour un contenu particulièrement volatil, un constat d'huissier (commissaire de justice) fige la page à une date certaine.
Signaler un contenu à la plateforme permet d'en obtenir le retrait, mais ne vaut pas plainte et ne conserve pas la preuve : faites vos captures avant de signaler.
Où signaler et comment porter plainte ?
Trois voies coexistent et peuvent se cumuler. Le signalement des contenus illicites s'effectue auprès de la plateforme PHAROS, via le service officiel de signalement en ligne du ministère de l'Intérieur. Le 3018 est le numéro national d'aide aux victimes de violences numériques, accessible aux mineurs comme aux majeurs. La plainte pénale, enfin, se dépose dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, ou par courrier au procureur de la République.
Le dépôt de plainte ne peut pas être refusé. Demandez systématiquement le récépissé et, si vous le pouvez, joignez votre relevé chronologique et vos captures sur support numérique dès le dépôt.
FAQ
Un seul message insultant peut-il constituer un cyberharcèlement ?
Non. Le harcèlement suppose des propos ou comportements répétés (article 222-33-2-2 du Code pénal). Un message isolé peut en revanche relever de l'injure, de la diffamation, de la menace ou de l'atteinte à la vie privée, qui obéissent à leurs propres règles et à leurs propres délais.
Peut-on être poursuivi pour un seul message dans un raid ?
Oui, c'est précisément ce que prévoit l'article 222-33-2-2 du Code pénal, soit lorsque plusieurs personnes agissent de manière concertée, soit lorsqu'elles interviennent successivement en sachant que leurs messages s'ajoutent à une répétition déjà engagée.
Que risque un auteur de cyberharcèlement ?
Deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende lorsque les faits ont été commis par un support numérique, et trois ans et 45 000 euros lorsque deux circonstances aggravantes sont réunies. D'autres qualifications — menace, usurpation d'identité, diffusion d'images — peuvent s'ajouter.
Comment faire retirer les contenus qui me visent ?
Le signalement à la plateforme est la voie la plus rapide, et il peut être doublé d'un signalement à PHAROS. Le juge civil peut par ailleurs être saisi en référé pour ordonner le retrait. Pensez à conserver vos captures avant toute démarche de suppression.
Mon enfant est harcelé par des camarades sur les réseaux : que faire ?
Le harcèlement commis sur un mineur est une circonstance aggravante. Au-delà du signalement à l'établissement scolaire et au 3018, une plainte peut être déposée par le représentant légal, en documentant les faits et leur retentissement sur la santé de l'enfant.
Le cabinet sur ce sujet
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- Le harcèlement par propos ou comportements répétés est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende lorsqu'il est commis par l'utilisation d'un service de communication au public en ligne ou par le biais d'un support numérique ou électronique. Article 222-33-2-2 du Code pénal — Légifrance
- L'infraction est constituée lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime par plusieurs personnes, de manière concertée ou à l'instigation de l'une d'elles, alors même que chacune de ces personnes n'a pas agi de façon répétée. Article 222-33-2-2 du Code pénal — Légifrance
- L'infraction est également constituée lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime, successivement, par plusieurs personnes qui, même en l'absence de concertation, savent qu'ils caractérisent une répétition. Article 222-33-2-2 du Code pénal — Légifrance
- Usurper l'identité d'un tiers ou faire usage de données permettant de l'identifier, en vue de troubler sa tranquillité ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération, est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Article 226-4-1 du Code pénal — Légifrance
- Porter à la connaissance du public ou d'un tiers, sans l'accord de la personne, un enregistrement ou un document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel est puni de deux ans d'emprisonnement et de 60 000 euros d'amende. Article 226-2-1 du Code pénal — Légifrance




