Une information judiciaire est une enquête confiée à un juge d'instruction, ouverte par le procureur de la République pour les affaires graves ou complexes. Vous y êtes entendu soit comme témoin assisté, soit comme personne mise en examen. Ce statut n'est pas un détail : il commande vos droits, les mesures de contrainte encourues et l'issue du dossier.
Qui décide d'ouvrir une information judiciaire ?
Le juge d'instruction ne se saisit jamais lui-même. Il n'intervient qu'en vertu d'un réquisitoire introductif du procureur de la République (Article 80 du Code de procédure pénale), ou lorsqu'une victime dépose une plainte avec constitution de partie civile qui contraint à l'ouverture d'une instruction.
L'information judiciaire est obligatoire en matière criminelle — viol, meurtre, vol avec arme. Pour les délits, elle reste facultative : le parquet y recourt quand l'affaire suppose des investigations longues (réseau, expertises comptables, entraide internationale) qu'une enquête préliminaire absorberait mal.
Le réquisitoire fixe le périmètre de la saisine. Le juge instruit des faits, pas des personnes : il peut donc mettre en examen quelqu'un qui n'y est pas nommé, mais pas enquêter sur des faits étrangers sans réquisitoire supplétif.
Que fait concrètement le juge d'instruction ?
Il instruit à charge et à décharge : il réunit aussi bien les éléments qui accusent que ceux qui disculpent. Ses actes les plus fréquents sont les auditions et interrogatoires, les confrontations, les perquisitions et saisies, les interceptions téléphoniques, les expertises (médicales, psychiatriques, comptables, génétiques) et les commissions rogatoires, qui délèguent une partie des investigations aux enquêteurs.
Les parties ne subissent pas ces actes sans voix au chapitre. Mis en examen, témoin assisté et partie civile peuvent demander des actes — une confrontation, une expertise, l'audition d'un témoin — et contester la régularité de la procédure devant la chambre de l'instruction.
Témoin assisté ou mise en examen : quelle différence ?
C'est la ligne de partage de toute l'instruction. La mise en examen suppose des indices graves ou concordants rendant vraisemblable une participation aux faits (Article 80-1 du Code de procédure pénale). En dessous de ce seuil, la personne soupçonnée est entendue comme témoin assisté.
Le juge d'instruction ne peut mettre en examen que les personnes à l'encontre desquelles il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'elles aient pu participer, comme auteur ou comme complice, à la commission des infractions dont il est saisi.
Le témoin assisté est la personne nommément visée par le réquisitoire qui n'est pas mise en examen (Article 113-1 du Code de procédure pénale). Le statut vaut aussi pour celle qui est nommément visée par une plainte, mise en cause par la victime ou par un témoin.
| Témoin assisté | Mis en examen | Partie civile | |
|---|---|---|---|
| Position dans le dossier | soupçonné, indices insuffisants | indices graves ou concordants | personne qui se dit victime |
| Avocat et accès au dossier | oui | oui | oui |
| Droit de se taire | oui | oui | sans objet |
| Contrôle judiciaire, détention provisoire | impossible | possible | sans objet |
| Renvoi devant un tribunal ou une cour | impossible | possible | sans objet |
| Demander un acte d'instruction | oui | oui | oui |
| Demander l'annulation d'un acte | oui | oui | oui |
Pourquoi vaut-il mieux rester témoin assisté ?
Parce que ce statut ferme la porte aux mesures de contrainte. Aucun contrôle judiciaire, aucune assignation à résidence sous surveillance électronique, aucune détention provisoire ne peut viser un témoin assisté — et il ne peut pas non plus être renvoyé devant un tribunal correctionnel ou mis en accusation.
Le témoin assisté ne peut être placé sous contrôle judiciaire, sous assignation à résidence avec surveillance électronique ou en détention provisoire, ni faire l'objet d'une ordonnance de renvoi ou de mise en accusation.
Depuis 2014, le témoin assisté dispose par ailleurs d'un avocat qui accède au dossier, peut demander des confrontations et soulever des nullités : sur le terrain des droits, l'écart avec la mise en examen s'est réduit. L'écart sur le risque, lui, est resté entier.
L'article 113-6 du Code de procédure pénale permet inversement au témoin assisté de demander sa mise en examen. C'est un choix de stratégie, qui se discute au cas par cas avec un avocat et jamais par réflexe.
Comment se déroule l'interrogatoire de première comparution ?
C'est l'audience où la mise en examen est décidée. Le juge établit votre identité, vous fait connaître chaque fait envisagé et sa qualification juridique, puis vous informe que vous pouvez faire des déclarations, répondre aux questions ou vous taire (Article 116 du Code de procédure pénale). Le consentement à être interrogé ne peut être donné qu'en présence de l'avocat.
- OuvertureRéquisitoire introductifLe procureur saisit le juge d'instruction de faits précis. Il peut compléter la saisine par un réquisitoire supplétif.
- InstructionActes à charge et à déchargeAuditions, perquisitions, expertises, commissions rogatoires. Les parties peuvent demander des actes et soulever des nullités.
- StatutTémoin assisté ou mise en examenLe juge tranche selon les indices réunis. Le statut peut évoluer en cours d'instruction.
- Fin d'instructionAvis de fin d'informationLe dossier part au parquet ; les parties disposent d'un délai pour leurs observations et demandes d'actes.
- RèglementNon-lieu ou renvoiOrdonnance de non-lieu, de renvoi devant le tribunal correctionnel, ou de mise en accusation devant la cour d'assises ou criminelle départementale.
Combien de temps dure une information judiciaire ?
Aucun délai couperet ne s'impose au juge. La loi pose un principe et des garde-fous : l'instruction doit être achevée dans un délai raisonnable, et au bout de deux ans le juge doit rendre une ordonnance motivée expliquant pourquoi elle se poursuit, ordonnance renouvelée tous les six mois (article 175-2 du Code de procédure pénale).
La durée de l'information judiciaire ne peut excéder un délai raisonnable au regard de la gravité des faits, de la complexité des investigations et de l'exercice des droits de la défense.
Une partie peut aussi demander la clôture de l'information, notamment lorsque aucun acte n'a été accompli pendant quatre mois (article 175-1 du Code de procédure pénale) ; le juge doit alors statuer dans le mois.
Comment se termine une information judiciaire ?
Le juge adresse d'abord un avis de fin d'information (Article 175 du Code de procédure pénale). Le parquet dispose d'un mois si une personne mise en examen est détenue, de trois mois sinon, pour ses réquisitions ; les parties peuvent présenter observations et demandes d'actes dans les délais du même article. Ce moment est une dernière fenêtre utile : c'est là que se plaident les insuffisances du dossier.
Deux issues, ensuite. Le non-lieu met fin aux poursuites en l'absence de charges suffisantes (Article 177 du Code de procédure pénale) : la détention provisoire cesse, le contrôle judiciaire tombe, le juge statue sur la restitution des objets saisis. Le renvoi conduit au tribunal correctionnel pour un délit, ou à la mise en accusation devant la cour d'assises ou la cour criminelle départementale pour un crime.
Le juge d'instruction rend une ordonnance de non-lieu s'il estime que les faits ne constituent ni crime, ni délit, ni contravention, si l'auteur est resté inconnu, ou s'il n'existe pas de charges suffisantes.
FAQ
Être mis en examen, est-ce être condamné ?
Non. La mise en examen signifie qu'il existe des indices graves ou concordants d'une participation aux faits, rien de plus. La présomption d'innocence demeure, et l'instruction peut se terminer par un non-lieu. Seule une juridiction de jugement peut prononcer une condamnation.
Quelle est la différence entre témoin assisté et mis en examen ?
Le témoin assisté est soupçonné, mais les indices réunis contre lui sont jugés insuffisants pour une mise en examen. Il ne peut être ni placé sous contrôle judiciaire, ni détenu, ni renvoyé devant un tribunal. Il dispose comme le mis en examen d'un avocat qui accède au dossier.
Peut-on refuser de répondre au juge d'instruction ?
Oui. Lors de l'interrogatoire de première comparution, le juge vous informe que vous pouvez faire des déclarations, répondre aux questions ou vous taire (article 116 du Code de procédure pénale). Le silence ne vaut pas aveu et ne peut pas fonder à lui seul une décision.
Combien de temps peut durer une instruction ?
La loi ne fixe pas de durée maximale : elle impose un délai raisonnable. Au bout de deux ans, le juge doit justifier par ordonnance motivée la poursuite de l'instruction, puis renouveler cette ordonnance tous les six mois. Les dossiers complexes dépassent couramment ces deux ans.
Que se passe-t-il après une ordonnance de non-lieu ?
Les poursuites prennent fin : la personne détenue est remise en liberté, le contrôle judiciaire cesse et le juge statue sur la restitution des objets saisis. Le procureur et la partie civile peuvent toutefois faire appel devant la chambre de l'instruction.
Le statut de témoin assisté peut-il changer en cours d'instruction ?
Oui, dans les deux sens. Le juge peut mettre en examen un témoin assisté si de nouveaux indices apparaissent, selon la procédure de l'article 113-8 du Code de procédure pénale. À l'inverse, une mise en examen peut être annulée par la chambre de l'instruction.
Le cabinet sur ce sujet
Avocat information judiciaire à Paris
Face aux pouvoirs étendus du juge d'instruction, une défense solide s'impose.
Voir l'accompagnement du cabinet →Faits juridiques citables
- Le juge d'instruction ne peut mettre en examen que les personnes à l'encontre desquelles il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'elles aient pu participer, comme auteur ou comme complice, à la commission des infractions dont il est saisi. Article 80-1 du Code de procédure pénale — Légifrance
- Toute personne nommément visée par un réquisitoire introductif ou supplétif et qui n'est pas mise en examen ne peut être entendue que comme témoin assisté. Article 113-1 du Code de procédure pénale — Légifrance
- Le témoin assisté ne peut être placé sous contrôle judiciaire, sous assignation à résidence avec surveillance électronique ou en détention provisoire, ni faire l'objet d'une ordonnance de renvoi ou de mise en accusation. Article 113-5 du Code de procédure pénale — Légifrance
- La durée de l'information judiciaire ne peut excéder un délai raisonnable au regard de la gravité des faits, de la complexité des investigations et de l'exercice des droits de la défense. Article 175-2 du Code de procédure pénale — Légifrance
- Le juge d'instruction rend une ordonnance de non-lieu s'il estime que les faits ne constituent ni crime, ni délit, ni contravention, si l'auteur est resté inconnu, ou s'il n'existe pas de charges suffisantes. Article 177 du Code de procédure pénale — Légifrance




